What’Sup, Doc ? : une thématique citoyenne

« What’Sup, Doc ? » :

une thématique citoyenne s’allie à une réflexion sur la forme d’un documentaire

 

Initier une réflexion citoyenne et une analyse du discours formel du documentaire : voilà le crédo de  « What’Sup, Doc ? » qui se révèle d’abord une équipe de passionnés soucieux de développer la dimension culturelle et responsable au sein de la Haute Ecole « Albert Jacquard ». Si cette démarche a vu le jour par une projection inaugurale de « Love Meat Tender », ciné-documentaire interrogeant la place de la viande dans notre société tout en se jouant des formes nouvelles de l’image, le campus de Techniques Infographiques a accueilli le jeudi 19 novembre la projection de « Héros sans visage », un film de Mary Jiménez interpellant notre conscience citoyenne sur le vécu des migrants tantôt par des plans figés, tantôt par de courts témoignages, ou encore par des commentaires textuels. Le film a ensuite fait place aux questions posées à deux migrants et aux représentants du CIRE et du Collectif Citoyens Solidaires de Namur, puis à un cocktail d’amitié où se sont affinés les échanges.  Focus sur un ciné-club naissant qui remue les méninges tant sur le plan éthique qu’esthétique.

 

Gros plans sur les visages immobiles, les regards vides, absents de migrants « figés dans le temps » et entassés dans une église ; travellings latéraux silencieux balayant la foule  de nouveaux arrivés en Tunisie ; cadrages serrés sur des témoins qui parlent en plusieurs langues. Certains viennent du Bangladesh, d’autres du Darfour ; ils espèrent tous retourner un jour, revoir les leurs ; des originaires de la Guinée-Bissau étaient en Libye pour travailler mais y étaient maltraités ; certains traversent le Sahara et meurent en allant vers la Méditerranée… Le film de Mary Jiménez est sans concession et interpelle par le contenu des témoignages, la présentation des vécus, mais aussi par sa forme et son langage ciné-documentaire revisité. Puis viennent les interventions de deux migrants venant du Centre de la Croix-Rouge de Belgrade. Yasser est Syrien et insiste sur « les trajets qui sont très durs, surtout pour la communauté des enfants, dont certains meurent en mer ». Alex, lui, est remonté du Sénégal sur une pirogue, et la moitié de ses compagnons y sont restés. Jean-Claude Stevens, juriste et spécialiste de la migration en Belgique répond à une question d’un participant quant à l’actualité brûlante : « Il existe un télescopage entre le flux migratoire et les attentats terroristes, d’autant plus embêtant que les terroristes sont des migrants ».  Thierry Leflot, du Collectif Citoyens Solidaires de Namur, qui organise notamment des cours de français et une ludothèque, poursuit la réflexion : « C’est le « vivrensemble » en responsabilité citoyenne qui permet d’éviter l’amalgame ». Une question posée sur l’efficacité de nos autorités fait réagir Jean-Claude Stevens : « Le CIRE est là depuis 60 ans et on peut dire que, globalement, le Gouvernement fait ce qui doit être fait. Mais il est vrai que ce sont souvent les collectifs qui ont pris le relais du retard de réaction du Gouvernement […] Il ne faut pas attendre que les politiciens  soient toujours les leaders ». Thierry Leflot surenchérit : « Il ne faut en effet pas attendre que tout soit institutionnalisé ».

 

« What’Sup, Doc ? » : premier bilan et prévisions pour une équipe motivée  

L’échange autour du film « Héros sans visage » a été minutieusement préparé : l’enthousiaste équipe de base est constituée de Xavier Istasse et Louis Volont, tous deux professeurs au sein de la Catégorie « Techniques infographiques » de la HEAJ, mais aussi de Natacha Piwowarow, organisatrice d’événements et assistante de Direction à la présidence et de Valérie Gérard, qui assure la conception et la réalisation des affiches. L’équipe s’est vite renforcée par l’apport de l’expérience de quatre étudiants en « Relations publiques » qui organisent et assurent l’animation des débats/échanges : Xavier D’Hont, Corentin Godefroid, Maxime Charlier et Jean-Philippe Voets. Laissons la parole à Xavier D’Hont quant à la genèse de « What’Sup, Doc ? » : « Le principe de ce nouvel événement est de diffuser un documentaire ayant un rapport avec l'actualité et suscitant des avis divergents. C’est une projection mensuelle, suivie d'un débat ou d'un questions-réponses en compagnie soit du réalisateur, soit d’acteurs concernés par la problématique. Pour la première édition, c'est le documentaire « Love Meat Tender », réalisé par Manu Coeman, qui était à l'honneur. Ce documentaire, lauréat du Magritte du "meilleur documentaire" en 2012, interroge la place de la viande dans nos conceptions et la folle envolée qui en a fait un produit « comme les autres », soumis à la règle du plus bas prix. Ce sujet, d’abord étudié par son frère dans un livre, a été porté à l’écran à la demande de celui-ci. Ce n’était pourtant pas son domaine de prédilection. Vite emballé par la thématique, il rencontra durant trois années divers spécialistes aux quatre coins du monde, afin de peaufiner sa réalisation […] Des professeurs ainsi que des étudiants étaient présents : les avis de chacun étaient les bienvenus et nous pouvons affirmer que la première édition a rencontré un franc succès. Ce qui a été particulièrement apprécié a été la rencontre avec le réalisateur du documentaire à qui nous avons pu poser toutes les questions ».

Notons que le prochain rendez-vous est fixé au jeudi 10 décembre et propose le film « Fini de rire », webdoc d’Olivier Malvoisin qui traite du travail de caricaturiste. La séance/débat commence à 18h30 dans le local B99 du campus infographie, Avenue de Smet de Nayer, 20 à 5000 Namur.

 

Eric CRUCIFIX

Enseignant et coordinateur pédagogique du bachelier en Relations Publiques
HEAJ Économie