Stratégie de la Classe inversée : Table ronde form@HETICE

C’est sur le site de Champion de la catégorie pédagogique d’Henallux que s’est tenue la Table ronde  initiée par form@HETICE de l’Ulg sur la « Stratégie de la Classe inversée », manière d’enseigner plutôt « tendance », lors de laquelle 5 professeurs en Hautes Ecoles ont apporté leurs témoignages. Notre collègue Christophe Laduron, Maître-assistant en « AMTICE » et en « Psychologie des apprentissages » au sein de la Catégorie pédagogique de la Haute Ecole « Albert Jacquard », y a défendu l’idée qu’ une connaissance approfondie des technologies n’était pas requise pour travailler en « classe inversée », une méthode qui, selon lui, consiste d’abord à ce que l’étudiant « réalise à domicile la phase théorique et transmissive ». Focus sur ce que Bruno Devauchelle voit plus comme une « prise de conscience professionnelle qu’une innovation pédagogique ».

Membres de l’équipe du projet form@HETICE, Etienne Vandeput et Amélie Auquière avaient donné rendez-vous ce vendredi 6 mars aux enseignants en Hautes Ecoles curieux ou désirant pousser plus avant leur pratique pédagogique en  « classe inversée ». form@HETICE a pour objet d'encourager et de promouvoir au sein de l'enseignement supérieur l'utilisation pédagogique et critique des Technologies de l'Information et de la Communication pour l'Éducation (TICE) dans les pratiques des enseignants. S’adressant dans un premier temps à l'ensemble des enseignants des catégories pédagogiques des Hautes Écoles de la Communauté française de Belgique, tous réseaux confondus, il est actuellement financé par le Fonds Social Européen et géré par le CRIFA (Centre de Recherche sur l'Instrumentation, la Formation et l'Apprentissage, issu du Service de Technologie de l'Éducation  de l'Université de Liège).  Depuis 2007, il s'étend aux enseignants des Hautes Écoles appartenant à d'autres catégories (économique, sociale, paramédicale, technique, …)

Débutant par un sondage via flickr  - révélant qu’une bonne majorité des enseignants constituant le public sait a priori en quoi consiste une « classe inversée » mais ne désire pas utiliser cette stratégie dans tous ses cours -, l’après-midi de réflexion a eu pour ancrage le témoignage de 5 professeurs issus des différents réseaux d’enseignement.

« Expérience», « responsabilisation », « autonomisation »

Véronique Petit, techno-pédagogue à Henallux, oeuvrant avec sa collègue géographe Béatrice Colignon au sein de la 3e bac du régendat en Sciences humaines, affirme d’emblée que  « la « classe inversée » consiste avant tout en une « expérience » : demandant aux étudiants d’élaborer par 2 une séquence de 3 leçons de géographie intégrant les TIC de manière pertinente, elles « détournent depuis 2004 les outils informatiques (traitement de texte, tableur, logiciel de présentation, Google earth, …) à des fins pédagogiques pour obtenir une valeur ajoutée ». Devant les constats de la difficulté d’appropriation de notions en tectonique des plaques, climatologie, météorologie, …, de la « combinaison  des usages technologiques » et de l’efficacité d’une capsule audio-visuelle de 12 minutes équivalent à un exposé d’une heure, elles  invitent maintenant les étudiants (qui ont chacun un site facebook)  à réaliser le  « script/scénario » d’une capsule (Ex : sur la déforestation, une ville américaine, …). Venant de l’école d’Ingénieurs industriels de la Province de Liège, Philippe Camus conçoit la « classe inversée »  comme un « complément à la formation de base quand l’ex cathedra devient trop fastidieux ». Son cours d’électronique donne l’occasion aux étudiants d’entrer dans l’auto-apprentissage : recevant chacun un sujet d’étude différent autour du thème sur « les composants électroniques passifs », les étudiants de 4e année doivent réaliser une ébauche de leur étude sur une page wikispace, puis présenter cette page à des étudiants de 1e année. Quant à la gestion des ressources, l’enseignant a prévu une Dropbox mise à la disposition des étudiants. Eric Robette, lui, est enseignant au sein du site Defré de la Haute Ecole de la Communauté Française de Bruxelles, où il enseigne notamment dans une année de spécialisation en TICE. Via la plate-forme Edmodo, les étudiants peuvent regarder 3 petites vidéos à propos de la « classe inversée », insistant sur l’importance de la théorie vue à domicile et  sur le présentiel en classe laissant place aux exercices. Si  elle  fait l’objet d’une majorité de critiques négatives de la part des régents de l’orientation français-morale, la stratégie de la classe inversée reçoit moins d’avis négatifs de la part des régents en maths et en sciences, les avis les plus positifs étant émis par les étudiants des régendats des matières économiques. Parmi les avantages énoncés, « étudier à son propre rythme », « enseignement plus individualisé » et « heures en classe consacrées à la pédagogie active » sont souvent cités, et parmi les inconvénients, « le matériel pas toujours disponible », l’ « inégalité de l’encadrement à domicile » et « le côté chronophage pour l’enseignant, mais aussi pour l’étudiant ». Quant à Jean-François Vuylsteke, il assure un cours de « communication interculturelle » au sein d’une classe Erasmus à l’EPHEC.  Mettant à disposition des étudiants des interviews en langues en ligne en collaboration avec l’école de journalisme de l’UCL, il regroupe des étudiants de nationalités fort différentes autour d’un thème pointu (« masculinity », « individualism », …) avant de les inviter à présenter un « rapport national » (Spain, Poland, …). Les avantages présentés par une telle pédagogie sont « les étudiants plus actifs » et  « l’autonomisation » de ceux-ci.

Christophe Laduron de la Haute Ecole « Albert Jacquard » de Namur : « Ne pas tomber dans l’extrémisme !»

Professeur de TICE à la HEAJ, Christophe Laduron part du constat que beaucoup de temps est souvent perdu en classe : « Pendant qu’une vidéo est projetée, le professeur ne fait rien ». Privilégiant le logiciel open-source Chamilo, il met en ligne des vidéos avec questionnaire dans le cadre de son cours d’ « AMTICE » en 2e PP en vue d’une lecture et d’un entraînement à domicile. De même, pour son cours de « Psychologie des apprentissages », des vidéos en ligne avec lecture à domicile  permettent  par la suite une analyse de contenus en classe. Si les avantages sont « le respect du rythme » et « l’autonomie » de l’étudiant, les limites de cette « classe inversée » apparaissent bien vite : « tout le monde n’a pas le haut débit chez lui » et « cette stratégie ne convient non seulement pas pour tous les cours, mais pas non plus pour tous les étudiants ». L’orateur conclut : « Si tous les professeurs procédaient de cette manière, quand les étudiants dormiraient-ils ? ». C’est ainsi sur un ton plus humoristique qu’il peut conclure que le tout à distance n’est pas la panacée et qu’ « il ne faut pas tomber dans l’extrémisme ».

La parole est ensuite donnée à l’auditoire et les réponses des orateurs ont permis de mieux cerner le concept de « classe inversée » : si d’aucuns associent à cette stratégie l’idée que « l’étudiant devient acteur et non plus spectateur », d’autres insistent sur la « participation à un projet »,  la « résolution de problèmes » par les étudiants, voire posent  le questionnement  général  du « rôle réel de l’enseignant en classe ». Rappelant la définition que Lebrun donnait  en 2014 (« la flipped classroom est une méthode (stratégie) pédagogique où la partie transmissive de l’enseignement […] se fait « à distance » en préalable à une séance en présence, notamment à l’aide des technologies »), l’équipe form@TICE a pris connaissance des avis des maîtres-assistants présents : « La classe inversée ne se résume pas à de l’enseignement à distance », ou « à des capsules qui remplacent le prof » : elle se révèle souvent « le lieu  où l’étudiant est appelé à apprendre par lui-même ».

Notons que la prochaine Table ronde aura pour sujet « L’interactivité en classe ». Précisions à venir.

Eric CRUCIFIX

De g à dr: Véronique PETIT d'Henallux, Jean-François VUYLSTEKE de l'EPHEC, Christophe LADURON de la HEAJ, Philippe CAMUS de la HE de la Province de Liège et Eric ROBETTE de la HE de Bruxelles